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samedi 7 août 2010

Confidences à Allah

En fait , ce que je veux Te dire Allah, c'est :Est-ce qu'on peut échapper à son destin?Est ce qu'une fille comme moi avait un destin, d'ailleurs?Est ce que Tu peux vraiment m'en vouloir d'avoir préféré un toit à la rue, un peu de chaleur au froid et un lit aux trottoirs? J'ai fait des choix tout à fait logiques. Et naturels.Qui voudrait être une mendiante?Personne.Pas moi.J'ai vendu mon corps. Je serai devenue quoi si je ne m'étais pas prostituée?J'aurai dormi dehors à côté des fous , des mendiants et des chiens.Non Allah, j'ai préféré faire ça pour avoir un toit,miteux mais un toit quand même.Tu sais bien que je ne l'ai pas fait par plaisir.Toi, Tu lis dans mon coeur alors tu sais tout.C'est de l'alimentaire comme on dit.Pardon Allah, de te parler aussi crûment , mais comme tu entends tout ce qu'on pense au plus profond de nous,ce n'est pas un ou deux mots déplacés qui vont T'offusquer, n'est-ce pas ?Je fais des choses horribles et je ne cesse de me confier à Toi.Toi le Pur. Mais c'est logique, il n'y qu'Un Pur qui puisse guider une impure comme moi.Je Te parle comme ça vient mais je Te respecte,Tu le sais. J'ai envie de pleurer, là.
Confidences à Allah
Safiah Azzeddine

samedi 22 mai 2010

Dialogue ethnique

-J'ai du élever Mohammed comme Moise et Moise comme Mohamed dit Madame Rosa.Je les ai reçus le même jour et j'ai mélangé. Le petit Moise, le bon, est maintenant dans une bonne famille musulmane à Marseille,où il est très bien vu. Et votre petit Mohammed ici présent, je l'ai élevé comme juif;Barmitzwah et tout. Il a toujours mangé kasher, vous pouvez être tranquille.
-Comment il a toujours mangé kasher?Piailla Monsieur Kadir Youssef,qui n'avait même pas la force de se lever de sa chaise tellement il était effondré sur toute la ligne.Mon fils, Mohammed a toujours mangé kasher?Il a eu sa Bartmitzwa?Mon fils Mohammed a été rendu juif?
-J'ai fait une erreur identique, dit Madame Rosa.L'identité, vous savez, ça peut se tromper également,ce n'est pas à l'épreuve. Un gosse de trois ans, ça n'a pas beaucoup d'identité, même quand il est circoncis.Je me suis trompé de circoncis, j'ai élevé votre petit Mohammed comme un bon juif, vous pouvez être tranquille.Et quand on laisse son fils onze ans sans le voir, faut pas s'étonner qu'il devient juif!
-Mais j'étais dans l'impossibilité clinique gémit Monsieur Kadir Youssef!!
-Bon, il était arabe, maintenant il est un peu juif, mais c'est toujours votre petit , dit Madame Rosa , avec un sourire familial
Romain Gary
La vie devant soi

lundi 30 novembre 2009

Chacun son Dieu

Ils se côtoyaient, sans se mêler. Chacun son Dieu, chacun son temple, sa mosquée, son église, sa synagogue.Qui son anisette, qui sa boukha, qui l'orgeat de ses mariages,de ses circoncisions.
A chacun ses rites, ses processions, ses carêmes,et ses jeûnes, ses Noel, ses Aid ,ses Yom Kippour, ses messes , ses ors et ses orgues, ses Vierges et ses saints, ses prières , ses prosternations, ses prêches , ses vendredis bourdonnants de sourats ,ses épaules enveloppées de châles du samedi , ses professions de foi.
L'enluminure d'un Coran ouvert sur un lutrin, dont la calligraphie s'élève ,volute après volute, psalmodie déroulant dans le silence ombreux de la salle de prières tapissée de haute laine, ses glissandos de voyelles emphatiques, ses claquements de dentales, la scansion de ses gitturales.
A vol d'oiseau de la Grande Mosquée, la lumière d'un vitrail tombe sur un missel bardé de cuir, d'où pend un signet de soie, dans le flux et le reflux d'un harmonium que balisent,extatiques, une Vierge , des saints agenouillés.
Une Thora nichée au coeur du tabernacle, à l'abri d'une arche , au fond de la synagogue, à deux pas du cinéma Le Vox, dont le coupeur de tickets n'était autre qu'Edmond, tu sais le fils de Madame Nedjar, notre voisine.
Ils portent leur religion sur la tête, feutres ou casques coloniaux, kippas, chéchias , fez , tarbouches dont les soies se balançaient sur l'épaule.Tous ces rituels, ces cérémonies , ces célébrations, se coudoyant pour se frayer un chemin vers le Dieu qu'ils se reconnaissent
Le Paradis des Femmes ,pages 28/29
Ali Bécheur

dimanche 12 octobre 2008

Un mariage mixte #2

Je demandai à mes parents qu'ils cessent de parler patois devant Marie; c'est peut-être dans ces moments où ils se mettaient à parler entre eux, tous à la fois, criant au plus fort pour se faire entendre, que la solitude de ma femme, au sourire figé, celui d'une sourde, me frappait le plus.
Mais je n'insistai pas beaucoup, je l'avoue; ma mère comprenait à peine le français, fallait-il l'exclure de la conversation pour que Marie se sentit moins perdue?
Raisonneur, tantôt sincère tantôt de mauvaise foi, j'essayai d'expliquer à Marie ce qui la heurtait, espérant le lui rendre un peu familier. Les portes ne ferment pas? Négligence certes,mais aussi la chaleur dessèche le bois, la pluie subite le regonfle. La nourriture trop épicée? Sans épices, avec ce climat, on ne mangerait plus. Je reconnaissais souvent, en moi-même qu'elle avait raison mais il m'était désagréable de l'avouer, j'aurais admis alors que jusqu'ici, j'avais vécu en sauvage
à suivre
Albert MEMMI
Agar

samedi 11 octobre 2008

Un mariage mixte

Ne comprenant pas tout à fait ce qui se passait en elle , je m'étonnais qu'elle fit tant cas de détails.
Je ne voyais pas clairement que ces détails n'étaient que l'expression d'un malaise fondamental:elle se découvrait lentement et définitivement solitaire, se heurtant à chaque visage et chaque objet.
Et j'avais beau essayer de la protéger, j'arrivais à peine à prévoir où elle allait se blesser , à prévenir ses souffrances toujours renaissantes. Elle ne supportait pas la cuisine de ma mère, qui faisait pourtant de réels efforts; à chaque plat, elle questionnait avec méfiance sur les ingrédients , la graisse, les épices, la cuisson. Malgré l'effroi religieux de mon père, j'introduis dans les menus quelques aliments de chez elle, laitages et charcuterie. Mais il ne s'agissait pas de nuances, elle ne digérait pas et se mit à maigrir dangereusement. Elle souffrait de froid, je découvris avec étonnement qu'elle en souffrait plus que moi .Nous n'avions pas l'habitude de nous défendre contre l'hiver trop court qui nous surprend toujours comme mauvais tour du ciel. Et cette première année que nous passâmes à Tunis elle collectionna les rhumes, les angines et les grippes...
à suivre
Albert MEMMI
Agar

samedi 2 août 2008

Chacun son Dieu


Ils se cotoyaient, sans se mêler. Chacun son Dieu, chacun son temple, sa mosquée, son église, sa synagogue.Qui son anisette, qui sa boukha, qui l'orgeat de ses mariages,de ses circoncisions.
A chacun ses rites, ses processions, ses carêmes,et ses jeûnes, ses Noel, ses Aid ,ses Yom Kippour, ses messes , ses ors et ses orgues, ses Vierges et ses saints, ses prières , ses prosternations, ses prêches , ses vendredis bourdonnants de sourats ,ses épaules enveloppées de châles du samedi , ses professions de foi.
L'enluminure d'un Coran ouvert sur un lutrin, dont la calligraphie s'élève ,volute après volute, psalmodie déroulant dans le silence ombreux de la salle de prières tapissée de haute laine, ses glissandos de voyelles emphatiques, ses claquements de dentales, la scansion de ses gitturales.
A vol d'oiseau de la Grande Mosquée, la lumière d'un vitrail tombe sur un missel bardé de cuir, d'où pend un signet de soie, dans le flux et le reflux d'un harmonium que balisent,extatiques, une Vierge , des saints agenouillés.
Une Thora nichée au coeur du tabernacle, à l'abri d'une arche , au fond de la synagogue, à deux pas du cinéma Le Vox, dont le coupeur de tickets n'était autre qu'Edmond, tu sais le fils de Madame Nedjar, notre voisine.
Ils portent leur religion sur la tête, feutres ou casques coloniaux, kippas, chéchias , fez , tarbouches dont les soies se balançaient sur l'épaule.Tous ces rituels, ces cérémonies , ces célébrations, se coudoyant pour se frayer un chemin vers le Dieu qu'ils se reconnaissent
Le Paradis des Femmes
Ali Bécheur